
TRADUIRE UN BREVET
Enjeux, règles et ressources
La traduction existe dans tous les domaines, du plus ou moins spécialisé, mais on parle rarement de certains types de traduction comme celle des brevets, ma spécialité principale depuis quatre ans. Pourtant, des centaines de brevets complets ou partiels sont traduits chaque jour ne serait-ce que de l’anglais au français.
À cheval sur la traduction technique et scientifique et la traduction juridique en propriété intellectuelle, tout en touchant à la linguistique, elle est essentielle au bon fonctionnement de notre société : elle facilite le dépôt de demande de brevet dans différents bureaux officiels et elle protège donc les inventions à différentes échelles, elle participe à la sécurisation des droits de propriété intellectuelle, et elle facilite l’expansion internationale des entreprises et de leurs innovations ce qui permet ensuite au grand public d’avoir accès à de nouveaux produits, de nouveaux soins ou de nouvelles infrastructures novatrices. En conséquence, elle est complexe, car la moindre erreur de terminologie peut avoir des conséquences juridiques et financières majeures. C’est pourquoi le traducteur de brevets doit faire preuve d’une grande précision technique, connaître les spécificités linguistiques (terminologiques et phraséologiques) des brevets d’invention et de domaines de spécialité variés, allant de la chimie à l’aéronautique en passant par les télécommunications, tout en s’adaptant rapidement à de nouveaux termes.
Pour mieux comprendre les brevets et leurs traductions, je vous invite à continuer votre lecture.
Qu’est-ce qu’un brevet ?
Description
Un brevet est tout simplement un document de propriété intellectuelle qui protège une invention sur un territoire et pendant un temps déterminé.
Contrairement à des idées reçues, le brevet ne concerne pas que de grandes inventions dans des domaines techniques et scientifiques très poussés comme la médecine ou la physique nucléaire. La plupart des objets que vous achetez et que vous utilisez au quotidien ont été déposés auprès d’organismes relevant de la propriété intellectuelle (INPI, OMPI, OEB…). Des aspirateurs, des sapins de Noël artificiels, des téléphones portables, des poupées et même des préservatifs ou des lubrifiants peuvent faire l’objet d’un dépôt de demande de brevet. En fait, peut être déposée toute invention qui constitue une nouvelle solution technique à un problème technique et qui est susceptible d’avoir une application industrielle.
En échange d’une protection juridique géographique et temporelle, le titulaire du brevet rend publique son invention. Le brevet expose donc toutes les informations sur cette nouvelle technique. Il explique notamment ce que cette invention apporte de nouveau aux connaissances techniques actuelles dans un domaine. Il confère au titulaire du brevet un droit exclusif (monopole) sur cette invention, y compris le droit de décider qui peut l’utiliser (exploitation commerciale) et de quelle manière pendant un temps donné. Ainsi, personne ne peut utiliser ou exploiter cette invention sans le consentement du titulaire du brevet. Le but est donc de protéger et de favoriser la recherche et l’innovation à l’échelle nationale, européenne ou encore mondiale. Bien sûr, il est possible pour le titulaire de céder ses droits s’il le souhaite.
Composition
Un brevet complet contient :
Ces parties peuvent être traduites toutes en même temps ou une par une en fonction de ce dont le client demandant la traduction a besoin. Ainsi, le traducteur peut simplement traduire la description, l’abrégé ou juste le jeu de revendications.
Quels organismes régissent les brevets ?
Chaque bureau de brevet a ses propres exigences linguistiques, de présentation et de procédures juridiques.
En France, nous avons l’Institut national de la propriété intellectuelle ou INPI situé à Courbevoie.
L’Office européen des brevets (OEB ou EPO) dont le siège est à Munich, en Allemagne, accorde des brevets dans les pays de l’Europe. Il est indépendant de l’UE.
Les États-Unis ont l’United States Patent and Trademark Office (USPTO).
Le Japon a le 特許庁 ou le Japan Patent Office (JPO).
Vous trouverez aussi à Genève, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI ou WIPO en anglais), l’une des agences spécialisées des Nations Unies. Elle fonctionne selon le Patent Cooperation Treaty (PCT ou Traité de coopération en matière de brevets). C’est-à-dire que les brevets déposés auprès de l’OMPI sont toujours à portée régionale ou nationale, mais qu’un demandeur de brevet peut déposer une seule demande auprès de l’OMPI plutôt que de déposer une multitude de demandes dans des pays variés. Ce système de gestion permet une réduction des coûts et de la complexité des procédures. L’OMPI a aussi pour rôle d’harmoniser les règles de la propriété intellectuelle entre les pays (uniformiser les formats, les classes et les procédures, faciliter la coopération entre les bureaux, faciliter la recherche…).
La validité d’un brevet
Tout dépend du territoire couvert par le bureau où a été déposé le brevet. Un brevet déposé à l’INPI permet d’appliquer ses droits exclusifs en France. Un même brevet peut donc être déposé dans plusieurs offices de territoires différents (plusieurs pays ou via l’OMPI ou l’OEB).
Le dépôt d’un brevet confère des droits au titulaire, en contrepartie de paiements annuels, pour une durée limitée commençant à partir de la date de dépôt de la demande et généralement pour une durée maximale de 20 ans.
En principe à l’expiration, et à l’exception de secteurs où la reconductibilité est possible, l’invention tombe dans le domaine public.
Pourquoi traduire un brevet ?
Pour protéger une invention à l’étranger, il est nécessaire de déposer une demande auprès de bureaux étrangers ou internationaux. C’est là qu’intervient la traduction. Faire traduire son brevet par un traducteur humain spécialisé, c’est obtenir un document juridico-technique conforme qui revêt une valeur commerciale et qui devient alors un véritable levier pour vous et votre entreprise face à la compétition. Les investissements, partenariats, ventes, etc. sont facilités.
Attention à bien choisir un professionnel qualifié en traduction de brevets, car une mauvaise traduction peut modifier le sens du brevet, en particulier pour les parties essentielles comme les revendications. Ainsi, on peut accidentellement :
Les traductions de brevets permettent également aux professionnels de ces secteurs de mieux connaître les diverses innovations mondiales, de surveiller leurs éventuels concurrents et de savoir où en est l’évolution technologique et technique dans un secteur.
Les règles principales de la traduction de brevet
La traduction de brevet, comme tout domaine spécialisé, a des exigences spécifiques.
Ce type de traduction relève de deux domaines :
La difficulté de la traduction peut grandement différer d’un texte à un autre en fonction du domaine dans lequel s’inscrit le brevet (exemples : informatique, télécommunication, médical, physique, chimie, etc.) et donc du degré de spécialisation de la terminologie employée dans le texte source qui doit nécessairement être reproduite dans le texte cible.
Au-delà des spécificités de chaque brevet, il y a aussi des spécificités liées au territoire de dépôt. Certains bureaux ont des exigences de présentations et de composition de brevet. De plus, le brevet a une phraséologie particulière qui peut être compliquée à comprendre et à traduire aux yeux d’un novice.
Le traducteur professionnel doit se fier aux principes suivants :
- Principe sourcier : dire exactement ce que dit l’original. Ce n’est pas un domaine où l’on peut se permettre des élans de créativité. Ne jamais interpréter ou reformuler librement le texte.
- Aller le plus droit au but possible, c’est-à-dire ne pas écrire de phrases ou d’expressions inutilement longues si ce n’est pas le cas dans la source. Il faut rester aussi clair que possible et éviter les ambiguïtés.
- Principe terminologique : Un terme source = un terme cible. On ne peut pas avoir plusieurs termes cibles pour un seul terme source, ni le même terme cible pour plusieurs termes sources.
- Cohérence intratextuelle, et si applicable intertextuelle, c’est-à-dire respecter les éventuelles traductions existantes de brevets similaires pour ce client ou de parties de ce brevet-ci (description, revendications, abrégé, titre, figures).
- Suivre la phraséologie (les tournures de phrases normées, la longueur des phrases) et la terminologie habituelles du domaine de spécialité technique ou scientifique (mécanique, informatique, chimie, télécommunications, aéronautique, industrie du textile, métallurgie…), et celles des brevets (traduction des titres des sous-parties et formules courantes comme présentées dans le tableau suivant).
| Anglais | Français |
|---|---|
| abstract | abrégé |
| Abstract of the disclosure | Abrégé descriptif |
| according to | selon |
| According to any of the preceding claims | Selon l’une quelconque des revendications précédentes |
| According to any preceding claim | Selon une quelconque revendication précédente |
| As claimed in any of claim x to y | Selon l’une quelconque des revendications x à y |
| As set forth in claim x | Selon la revendication x |
| Background art | Contexte de l’invention |
| Brief description of the drawings | Brève description des dessins |
| Characterised in that | Caractérisé en ce que |
| claim | revendication |
| Comprising the following steps | Comprenant les étapes suivantes |
| Comprising the steps of | Comprenant les étapes consistant à |
| Consisting of | Constitué de |
| control | Contrôler/commander |
| controller | Dispositif de commande |
| Determining whether | La détermination si |
| drawing | Figure/dessin |
| embodiment | Mode de réalisation |
| engage | Venir/entrer en prise |
| even more preferably | De manière encore plus préférée |
| figure | figure |
| further | En outre |
| include | Comporter/inclure |
| Know in the art | Connu dans le domaine |
| method | méthode |
| More preferably | De manière davantage préférée |
| Most preferably | De manière préférée entre toutes |
| Of claim | Selon la revendication |
| One or more | Un ou plusieurs |
| Person skilled in the art | Homme du métier/spécialiste du domaine |
| preferably | De préférence |
| Prior art | Art antérieur/technique antérieure |
| process | procédé |
| provide | Fournir/prévoir/délivrer |
| Provided with | Doté de |
| request | Requête/demande |
| Scope of the invention | Portée de l’invention |
| specification | description |
| The at least one of | L’au moins un parmi |
| The invention relates to | L’invention concerne |
| The presente disclosure | La présente invention |
| whereby | Moyennant quoi |
| wherein | Dans lequel/dans laquelle/dans lesquels/dans lesquelles |
- Si applicable, suivre la mise en page et les formulations demandées par le bureau de brevets concerné par la demande de dépôt (OEB, WIPO, INPI…)
- Ne surtout pas faire traduire le texte dans son intégralité, ou l’ensemble d’une revendication par exemple, par un logiciel de traduction automatique public non sécurisé.
- Travailler dans un environnement privé et sécurisé (évitez les trains ou avions, par exemple).
- Ne pas parler du contenu des traductions réalisées (à ses proches).
- Outils de TAO et mémoires de traduction (par domaines, sous-domaines ou clients) afin de travailler plus vite et de garder une meilleure cohérence entre les traductions.
- Outils d’édition et de relecture pour assurer la qualité finale de la traduction.
Les ressources utiles à la traduction technique
En tant que traductrice spécialisée en brevets, j’utilise un certain nombre d’outils pour me perfectionner et réaliser mes recherches terminologiques (terme inconnu, popularité d’un terme, croisement de source…). En voici une liste non exhaustive :
Base de données de brevets : pour faire des recherches dans les titres, corps de textes, selon des mots clés ou des bureaux de dépôt ou selon un numéro de dépôt connu.
Base de données terminologiques et dictionnaires : pour chercher un terme selon son domaine de spécialité ou adapter son vocabulaire.
Conclusion
La traduction de brevet est un type de traduction complexe qui est la croisée du droit, de la technique et de la linguistique. L’expertise humaine reste indispensable, au minimum en révision ou en postédition, au mieux en traduction humaine complète, malgré les progrès des technologies de traduction automatique (statistiques, neuronales et IA) et des outils d’aides à la traduction au cours des dernières décennies. Les risques de mauvaises traductions et de pertes de confidentialité sont trop importants pour se fier entièrement aux machines.
Ressources consultées
IGE. (s.d.). Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle (OMPI). Consulté le 19 mai 2026, sur https://www.ige.ch/fr/droit-et-politique/evolutions-internationales/organisations-de-pi/ompi
INPI. (s.d.). Se préparer au dépôt de brevet. Consulté le 19 mai 2026, sur https://www.inpi.fr/realiser-demarches/propriete-intellectuelle/se-preparer-au-depot-de-brevet
OMPI. (s.d.). Brevets. Consulté le mai 19, 2026, sur https://www.wipo.int/fr/web/patents/
Wikipedia. (2025, novembre 23). Japan Patent Office. Consulté le 19 mai 2026, sur https://en.wikipedia.org/wiki/Japan_Patent_Office
Wikipedia. (2026, avril 14). Institut national de la propriété industrielle. Consulté le 19 mai 2026, sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_national_de_la_propri%C3%A9t%C3%A9_industrielle
Wikipedia. (2026, avril 26). Office européen des brevets. Consulté le 19 mai 2026, sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Office_europ%C3%A9en_des_brevets
Wikipedia. (2026, avril 27). Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. Consulté le 19 mai 2026, sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Organisation_mondiale_de_la_propri%C3%A9t%C3%A9_intellectuelle
Wikipedia. (2026, mai 16). United States Patent and Trademark Office. Consulté le 19 mai 2026, sur https://en.wikipedia.org/wiki/United_States_Patent_and_Trademark_Office
